Cameroon Tribune
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Transport par moto-taxi: Douala fait le ménage

ContrĂŽles rigoureux dĂšs le 1er avril, pour mettre fin Ă  l’informel, l’incivisme et l’insĂ©curitĂ© liĂ©s aux «bend-skins». Plus question que les conducteurs de moto-taxi Ă©voluent sans ĂȘtre identifiĂ©s et identifiables, sans les papiers exigĂ©s pour l’exercice de leur activitĂ©. Le prĂ©fet du Wouri a annoncĂ© mardi des contrĂŽles serrĂ©s dĂšs le 1er avril prochain. Dans le secteur, il faut le dire, il Ă©tait plus que temps de faire le mĂ©nage, tant les « bend-skins », dans leur grande majoritĂ©, roulent en marge de la rĂ©glementation.
Ils sont dĂ©pourvus de carrosserie protectrice, mais pas de culot, ces milliers de motos-taximen qui Ă©cument ruelles, rues et parfois avenues et boulevards de Douala, « gratifiant » les autres usagers de la route d’une conduite Ă©prouvante. A Akwa, Bepanda, Village, BonabĂ©ri, etc. le spectacle est similaire : sur son deux-roues, le moto-taximan ne veut ralentir Ă  aucun prix. Doubler Ă  droite est une formalitĂ©. Prendre une voie Ă  contre-sens aussi. Essayer de se faufiler entre des voitures ou longer dangereusement un gros porteur (voire passer en dessous, si, si !), idem. Les consĂ©quences de ce comportement casse-cou sont parfois tragiques. Mais surtout, si rĂ©guliĂšres Ă  Douala : les accidents de moto ne devraient plus figurer dans la chronique des faits divers, mais dans celle des faits banals

La situation a pris de l’envergure avec l’explosion de l’activitĂ©. Difficile aujourd’hui d’avancer un chiffre sur le nombre de motos-taxis opĂ©rant dans la capitale Ă©conomique. De fait, les estimations vont de 40 Ă  50 mille engins (source officielle). Cette difficultĂ© naĂźt d’un autre problĂšme : l’informel et l’incivisme qui ont fait leur lit dans le secteur. « Nous avons eu un accrochage avec un moto-taximan non loin du stade omnisports de Bepanda. Tout ce qu’il avait comme papiers pour l’engin c’était une photocopie de l’acte de vente, mĂȘme pas Ă  son nom », se souvient Bertin D., cadre d’entreprise.
Pas de papier, c’est-Ă -dire trĂšs souvent pas de permis de conduire. Du coup, c’est sans Ă©motion particuliĂšre que de nombreux motos-taximen violent feux rouges, sens interdits et mĂȘme les directives de policiers en charge de la circulation – une belle illustration en est parfois donnĂ©e au Carrefour Deux-Ă©glises, entre Akwa et Mboppi – obligeant les agents au carrefour Ndokoti Ă  se munir de matraques persuasives. Ignorant le code de la route ou refusant d’appliquer ce qu’ils en savent, les transporteurs par moto sont devenus un sĂ©rieux danger. Pour eux-mĂȘmes et pour les autres. ProblĂšme Ă  Douala, leur nombre – et la solidaritĂ© qu’ils se tĂ©moignent – leur confĂšre un sentiment de prioritĂ© permanente sur la voie publique. En tout cas le comportement au quotidien le montre. « C’est une armĂ©e cinglĂ©e ! », confiait un ancien prĂ©fet du Wouri Ă  CT.
Autre prĂ©occupation, les motos-taximen rechignant Ă  se faire identifier (notamment par des chasubles numĂ©rotĂ©es), de nombreux malfrats opĂšrent sur des engins Ă  deux-roues. Comme les fameux arracheurs de sacs (« awacheurs ») ou ceux qui braquent carrĂ©ment les piĂ©tons (ça s’appelle « la patrouille ») avant de fondre dans la nature. Le prĂ©fet du Wouri, Naseri Paul Bea, rĂ©itĂ©rant l’importance de l’identification il y a quelques semaines, relevait que cette opĂ©ration contribuerait Ă  rĂ©duire l’insĂ©curitĂ©. Rendez-vous le 1er avril.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94885:transport-par-moto-taxi-douala-fait-le-menage&catid=4:societe&Itemid=3#contenu
Huit morts à la falaise de Mbé

Le drame qui s’est produit hier matin sur l’axe NgaoundĂ©rĂ©-Garoua implique un car d’une agence de voyage et un gros porteur. Emoi et consternation hier Ă  la falaise de MbĂ©. Hier, aux alentours de 11h du matin, selon les riverains, un grave accident de la circulation s’est produit sur ce col situĂ© entre NgaoundĂ©rĂ© et Garoua, Ă  une vingtaine de kilomĂštres de la ville de MbĂ©. Sur le coup, huit personnes sont dĂ©cĂ©dĂ©es dont deux femmes et un homme en tenue.
Une dizaine de blessĂ©s graves sont sous soins intensifs Ă  l’hĂŽpital rĂ©gional de NgaoundĂ©rĂ©. Les circonstances de cette tragĂ©die ont Ă©tĂ© reconstituĂ©es par un tĂ©moin qui a prĂ©fĂ©rĂ© gardĂ© l’anonymat. Un coaster de l’agence Alliance Voyages Ă  destination de NgaoundĂ©rĂ© a Ă©tĂ© violemment percutĂ© par un gros porteur transportant du ciment. Selon la mĂȘme source, le chauffeur du camion « Ă©tait au tĂ©lĂ©phone » au moment du croisement fatal.
Le camion a achevĂ© sa course dans un ravin. La vie du chauffeur de ce gros porteur serait en danger. AussitĂŽt informĂ©, le gouverneur de la rĂ©gion de l’Adamaoua, Kildadi TaguiĂ©kĂ© Boukar, a interrompu la visite qu’il effectuait Ă  la dĂ©lĂ©gation rĂ©gionale du Commerce de NgaoundĂ©rĂ©. Il s’est immĂ©diatement rendu sur les lieux oĂč il a organisĂ© les premiers secours en collaboration avec les forces de maintien de l’ordre.
Il a apportĂ© du rĂ©confort aux blessĂ©s. Il a fustigĂ© l’imprudence des chauffeurs qui mettent leurs vies et celles de leurs concitoyens en danger. L’annĂ©e derniĂšre, la falaise de MbĂ© a Ă©tĂ© agrandie. Le ministĂšre des Travaux publics avait constatĂ© que beaucoup d’accidents de la circulation se produisaient Ă  intervalles rĂ©guliers Ă  cet endroit. La chaussĂ©e a Ă©tĂ© restructurĂ©e. HĂ©las, l’inconscience des automobilistes fait qu’on enregistre toujours des accidents Ă  cet endroit. Le gouverneur appelle Ă  la vigilance et Ă  la prudence.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94886:huit-morts-a-la-falaise-de-mbe&catid=4:societe&Itemid=3#contenu
Une jeune femme tuĂ©e Ă  l’acide

C’est ce week-end que la nommĂ©e Ntsama Kounou Justine, 23 ans, entreprendra son dernier voyage vers la LĂ©kiĂ©, sa terre natale, aprĂšs la levĂ©e des scellĂ©s apposĂ©s sur son casier Ă  la morgue de l’HĂŽpital central de YaoundĂ©. La jeune femme est dĂ©cĂ©dĂ©e au quartier MontĂ©e Jouvence, il y a deux semaines, aprĂšs avoir Ă©tĂ© sournoisement attaquĂ©e Ă  l’acide. De source introduite Ă  la lĂ©gion de gendarmerie du Centre, des voisins avaient transportĂ© la jeune femme Ă  l’HĂŽpital central aprĂšs qu’elle se soit plainte de brĂ»lures sur tout le corps et de sensations de suffocation. Elle dĂ©cĂšdera trois jours plus tard. L’enquĂȘte ouverte par la lĂ©gion de gendarmerie du Centre va entraĂźner l’interpellation de sa co-locataire. De ses aveux, il apparaĂźt qu’elle avait Ă©tĂ© soudoyĂ©e par un voisin, malfrat notoirement connu dans le quartier, pour asperger un vĂȘtement de la victime d’acide et d’autres produits toxiques. « La dĂ©funte aurait eu quelques jours auparavant le dessus dans une bagarre avec le voisin malfrat. C’est pour se venger que ce dernier aurait orchestrĂ© cet assassinat », explique notre source Ă  la gendarmerie. Les deux prĂ©sumĂ©s assassins ont Ă©tĂ© dĂ©fĂ©rĂ©s Ă  la prison centrale de Kondengui oĂč ils mĂ©ditent leur sort, en attendant le procĂšs.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94887:une-jeune-femme-tuee-a-lacide&catid=4:societe&Itemid=3#contenu
Cyber sécurité : Le Cameroun veille

Dans un Cameroun oĂč la grand-mĂšre d’un village reculĂ© de l’ExtrĂȘme-Nord peut parler Ă  sa famille dispersĂ©e Ă  travers le pays, de Douala Ă  Nkambe, point n’est besoin de montrer que les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont changĂ© de maniĂšre spectaculaire la vie. Y compris, naturellement, la vie des affaires. C’est dire combien l’économie numĂ©rique dont on parle aujourd’hui n’est pas un slogan. Car en plus d’ĂȘtre en elle-mĂȘme une activitĂ© dynamique – il n’y a qu’à voir la place qu’occupent les sociĂ©tĂ©s du secteur dans le palmarĂšs des entreprises crĂ©atrices de richesses au plan national – l’économie numĂ©rique peut toucher Ă  tout. Qu’il s’agisse du transfert de fonds, de l’éducation ou de la mĂ©decine Ă  distance, du trading agricole ou des mass mĂ©dia.
En la matiĂšre, malgrĂ© les apparences, beaucoup peut encore ĂȘtre fait, mĂȘme en attendant le dĂ©veloppement des infrastructures nĂ©cessaires. Sur ce chemin cependant, il convient de bien se prĂ©munir : aussi rapidement qu’elle rĂ©duit les distances, offre des possibilitĂ©s nouvelles, simplifie les Ă©changes, bref accĂ©lĂšre la croissance, l’économie numĂ©rique multiplie aussi les risques. Heureusement, comme l’aura notĂ© le dernier rapport de l’Union internationale des tĂ©lĂ©communications, le Cameroun est le 15e e-espace le mieux sĂ©curisĂ© au monde.
Autant de bons points et de potentialitĂ©s dont notre pays ne peut que tirer profit comme l’explique ici Ă  CT le directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC), Ebot Ebot Enow.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94890:cyber-securite--le-cameroun-veille&catid=2:economie&Itemid=3#contenu
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Cameroon Tribune du vendredi, 4 mars 2016.
Economie numérique: Une stratégie de développement en chantier

L’organisation des premiĂšres journĂ©es nationales de l’économie numĂ©rique qui s’achĂšvent ce jour Ă  YaoundĂ© vis Ă  dĂ©finir les axes prioritaires. 48 heures pour Ă©mettre des propositions devant conduire Ă  l’élaboration d’une stratĂ©gie de dĂ©veloppement de l’économie numĂ©rique au Cameroun. Depuis hier, le palais des CongrĂšs Ă  YaoundĂ© a muĂ© en un think-thank des acteurs des secteurs public et privĂ©, de la sociĂ©tĂ© civile pour l’essor d’une industrie locale du numĂ©rique. La question est abordĂ©e sur le thĂšme de : « La place de l’économie numĂ©rique dans les politiques publiques en vue de l’émergence du Cameroun ». Les journĂ©es nationales de l’économie numĂ©rique constituent un « regroupement d’intelligences, en vue d’un brassage des idĂ©es pour des propositions concrĂštes, permettant d’inscrire l’économie numĂ©rique dans les politiques publiques et d’impulser son dĂ©veloppement pour l’émergence du Cameroun », tel que l’a indiquĂ© le ministre des Postes et TĂ©lĂ©communications (Minpostel), Minette Libom Li Likeng, Ă  l’ouverture des travaux.
Pour l’instant, le Cameroun accuse du retard au plan international et se classe parmi les pays Ă  faible score en matiĂšre de pĂ©nĂ©tration de l’Internet et des TIC. Le pays compte tout juste prĂšs de trois millions d’utilisateurs tandis que le taux de contribution des TIC au Produit intĂ©rieur brut (PIB) est estimĂ© Ă  5%. L’accĂšs Ă  la 3G ne dĂ©passe pas les 2% et ses prix sont trĂšs supĂ©rieurs Ă  la moyenne rĂ©gionale, aux dires de la directrice des opĂ©rations de la Banque mondiale au Cameroun, Elisabeth Huybens. Une sĂ©rie de contraintes empĂȘchent le dĂ©veloppement harmonieux de ladite technologie, notamment l’insuffisance d’un rĂ©seau backbone national en fibre optique, l’insuffisance de l’accĂšs au cĂąble sous-marin en fibre optique, l’absence de points d’échange Internet et de centraux tĂ©lĂ©phoniques de nouvelle gĂ©nĂ©ration

Dans les dĂ©tails, les travaux qui prennent fin ce jour ont pour objet de faire l’état des lieux de l’économie numĂ©rique, dĂ©finir les axes prioritaires pour son dĂ©veloppement, en tenant compte des prioritĂ©s Ă  court, moyen et long termes et arrĂȘter un plan d’actions pour l’exercice 2016. Mais dĂ©jĂ , l’agenda prĂ©voit de dĂ©velopper les infrastructures de large bande, d’accroĂźtre la production et l’offre des contenus numĂ©riques, d’assurer la mutation numĂ©rique de l’administration et de l’ensemble des secteurs d’activitĂ©s. La promotion de la culture du numĂ©rique, la recherche et l’innovation Ă©galement parmi les prioritĂ©s.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94912:economie-numerique-une-strategie-de-developpement-en-chantier&catid=2:economie&Itemid=3#contenu
La justice demande la levĂ©e d’interdiction d’Afrique Media

L’instance de rĂ©gulation des mĂ©dias ne compte pas laisser exĂ©cuter la main levĂ©e des scellĂ©s ordonnĂ©e mardi, par le Tribunal de premiĂšre instance de YaoundĂ© Centre-administratif. C’est un feuilleton dont le dernier Ă©pisode semble encore bien Ă©loignĂ©. Le tribunal de premiĂšre instance de YaoundĂ© Centre-administratif, siĂ©geant en matiĂšre des rĂ©fĂ©rĂ©s d’heure Ă  heure (procĂ©dure d’extrĂȘme urgence qui se passe dans le cabinet du prĂ©sident du tribunal), a ordonnĂ© mardi, 1er mars, la main levĂ©e des scellĂ©s sur les portes d’Afrique MĂ©dia. Mais jusqu’à hier soir, les locaux de la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision panafricaine Ă©taient fermĂ©s Ă  YaoundĂ©. Les scellĂ©s en place. Seul signe de vie, le vigile installĂ© Ă  l’entrĂ©e de l’immeuble.
MalgrĂ© l’ambiance de non-reprise effective, le Conseil national de la communication (CNC), l’instance de rĂ©gulation des mĂ©dias ne compte pas lĂącher prise. Il prĂ©voit attaquer la dĂ©cision du Tribunal de premiĂšre instance. Un appel est en prĂ©paration, laisse-t-on entendre de ce cĂŽtĂ©. C’est donc sĂ»rement reparti pour un avenir plein de rebondissements dans cette affaire Afrique MĂ©dia. RencontrĂ©e hier Ă  YaoundĂ©, Rebecca GrĂące Bonguemo, prĂ©sidente du tribunal de premiĂšre instance n’a pas voulu se prononcer sur la question. Mais sur l’extrait du plumitif de l’audience des rĂ©fĂ©rĂ©s d’heure Ă  heure et du contentieux de l’exĂ©cution du 1er mars dernier, l’on peut lire que l’affaire est intitulĂ©e: « Affaire chaĂźne de tĂ©lĂ©vision Afrique MĂ©dia, contre le sous-prĂ©fet de YaoundĂ© II, CNC, ministĂšre de la Communication. » Par la suite, il est indiquĂ© : « Nous, juge, statuant publiquement, rejetons la fin de non-recevoir tirĂ©e du dĂ©faut de capacitĂ© de la requĂ©rante soulevĂ©e par le CNC comme non-fondĂ©e ; recevons la requĂ©rante en sa demande et en assignation, en intervention forcĂ©e contre le ministre de la Communication et l’y disons non-fondĂ©e ; ordonnons la main-levĂ©e des scellĂ©s par tout huissier territorialement compĂ©tent ; condamnons le CNC aux dĂ©pens ; disons notre ordonnance exĂ©cutoire sur minute et avant enregistrement ».
Ce n’est donc pas demain la veille que les deux parties vont fumer le calumet de la paix. On se rappelle que le premier Ă©pisode de ce feuilleton s’est produit le 4 juin 2015. Date de suspension pour un mois par le CNC de cette chaĂźne de tĂ©lĂ©vision pour, « diffusion d’accusations non-justifiĂ©es, de nature Ă  porter atteinte Ă  l’image et Ă  l’honneur de personnalitĂ©s, d’institutions et de pays Ă©trangers », entre autres. Une fois la sanction prononcĂ©e, les responsables de ladite chaĂźne n’ont pas obtempĂ©rĂ©. Jusqu’à ce qu’ils saisissent la justice. « Nous sommes allĂ©s au tribunal parce que la dĂ©cision du CNC indiquait qu’à compter du 4 juin, l’entreprise Ă©tait sanctionnĂ©e. Ce qui signifiait que le 4 juillet, la sanction Ă©tait forclose, qu’elle soit exĂ©cutĂ©e ou pas. Nous avons saisi le juge de rĂ©fĂ©rĂ©, parce qu’on a estimĂ© qu’il y a eu voie de fait. Car les dĂ©lais de sanctions n’ont pas Ă©tĂ© respectĂ©s»,explique une responsable de la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision.
http://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=94915:la-justice-demande-la-levee-dinterdiction-dafrique-media&catid=4:societe&Itemid=3#contenu
Formation professionnelle: Gare aux vendeurs d’illusions

L’affaire est dans les colonnes de plusieurs journaux paraissant Ă  YaoundĂ©. AccusĂ© d’avoir extorquĂ© des fonds aux Ă©tudiants de la promotion 2013-2015 de son Ă©tablissement, le directeur gĂ©nĂ©ral de CODEV Institute sis Ă  la rue CEPER a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  deux ans de prison ferme et Ă  plus de 100 millions de francs au titre de dommages et intĂ©rĂȘts. Le verdict est tombĂ© le 9 fĂ©vrier 2016 dernier au tribunal de premiĂšre instance de YaoundĂ© centre-administratif. Selon les dĂ©clarations des Ă©tudiants concernĂ©s, Isaac Moussinga, le DG de CODEV, cabinet de formation professionnelle transformĂ© en institut de management, avait pris Ă  certains d’entre eux la totalitĂ© des frais d’inscription. 8,5 millions l’an sur les deux prĂ©vus pour un programme en analyse et Ă©valuation des projets, option consultant junior. Les Ă©tudiants devaient poursuivre leur cursus au SĂ©nĂ©gal, grĂące Ă  un partenariat avec l’Institut supĂ©rieur public de Dakar. Ils vont dĂ©chanter trĂšs rapidement, l’expĂ©rience ayant tournĂ© court, sans explication du promoteur. Il leur faudra peu de temps pour dĂ©couvrir que CODEV n’a jamais disposĂ© d’un agrĂ©ment du ministĂšre de l’Emploi et de la Formation professionnelle tel que prĂ©vu par la rĂšglementation en vigueur. Encore moins d’un partenariat avec l’institution sĂ©nĂ©galaise.
Au moment oĂč cette procĂ©dure judiciaire enclenchĂ©e en 2015 connaĂźt son Ă©pilogue, des chercheurs regroupĂ©s au sein du RĂ©seau Ouest et Centre Africain de recherche en Ă©ducation (ROCARE) ont rendu les rĂ©sultats d’une enquĂȘte sur les institutions privĂ©es d’enseignement supĂ©rieur (IPES). Ils ont explorĂ© depuis 2013 les opportunitĂ©s rĂ©elles offertes par ces Ă©coles de formation dans le marchĂ© de l’emploi. Performances peu concluantes. De nombreux jeunes se tournent les pouces dans les chaumiĂšres ou se dĂ©brouillent Ă  vendre des tomates sur les marchĂ©s de la place, aprĂšs avoir dĂ©pensĂ© des fortunes dans ces formations. « J’ai suivi une formation en communication d’entreprise dans un institut Ă  YaoundĂ©. Orphelin de pĂšre, avec une mĂšre cultivatrice, malade et sans ressources, c’est mon frĂšre aĂźnĂ©, dĂ©brouillard, qui a entiĂšrement financĂ© mes Ă©tudes Ă  raison de 500 000 F par an, pendant trois ans, pour la scolaritĂ©. J’ai mĂȘme dĂ» passer une annĂ©e Ă  la maison tellement c’était difficile de rassembler tous les fonds nĂ©cessaires. J’ai terminĂ© la formation depuis deux ans et je suis toujours au chĂŽmage. J’en suis Ă  regretter le million cinq cents mille francs que mon aĂźnĂ© a enterrĂ© dans cette formation. Nous aurions fait du commerce avec pour le fructifier que nous aurions moins de soucis aujourd’hui », regrette Abel Messina.
Avec raison. Certaines des formations proposĂ©es par ces instituts ne dĂ©bouchent sur rien du tout. « Ceci parce que les filiĂšres créées ne correspondent pas aux secteurs prioritaires identifiĂ©s par l’Etat Ă  l’instar de l’agriculture, de la pĂȘche, du tourisme, de l’élevage. Les IPES devraient offrir aux jeunes bacheliers des filiĂšres qui produisent des effets sur l’économie. En plus de cela, chaque promoteur devrait faire une analyse socio-Ă©conomique du secteur avec des rĂ©fĂ©rentiels de formation bien adaptĂ©s », soutient Dr Joseph Bomda du ROCARE. Au demeurant, le jeune Messina peut s’estimer chanceux d’avoir au moins achevĂ© sa formation. Ce n’est pas le cas de nombre de ses congĂ©nĂšres qui voient leurs Ă©conomies et rĂȘves s’envoler du fait des promoteurs d’établissements de formation professionnelle vĂ©reux. Le phĂ©nomĂšne prend de l’ampleur dans le pays et les autoritĂ©s judiciaires y voient d’ailleurs une nouvelle forme de dĂ©linquance. Seulement, elle brise des jeunes Camerounais assoiffĂ©s de formations pointues pour dĂ©crocher des emplois valorisants. Raison pour laquelle le ROCARE a proposĂ© que les contrĂŽles des IPES soient rĂ©alisĂ©s par des cabinets externes. En attendant, les tribunaux se proposent de sanctionner sĂ©vĂšrement tous ceux qui s’essaient Ă  se faire du beurre sur d’innocents jeunes en quĂȘte d’un brillant avenir professionnel.